Étude de cas n°3 – Inde : Influencer les institutions et renforcer les communautés
Photo: Martin Adams
L’Inde est un leader mondial dans le développement de la Politique de gestion des catastrophes. Néanmoins, une grande partie de ces progrès a été réalisée dans le cadre de la réponse aux catastrophes plutôt que du renforcement de la résilience par la réduction des risques de catastrophe. L’expérience des plateformes d’OSC, œuvrant à la fois aux niveaux national et local, met en évidence la nécessité de renforcer les liens entre la politique au niveau institutionnel et l’action au niveau local.
Contexte
L’ampleur et la gravité des catastrophes intensives qui frappent l’Inde ont poussé ce pays à devenir le premier au monde à lancer, en mai 2016, un Plan national de gestion des catastrophes.1 En outre, de nombreux États ont élaboré leur propre Plan de gestion des catastrophes aux niveaux de l’État et des Districts.
Néanmoins, des études suggèrent que l’accent est toujours mis sur la réponse plutôt que sur la réduction des risques. Elles soulignent la nécessité de capitaliser sur les capacités au niveau communautaire, en complétant les réponses institutionnelles ‘top down’ (descendantes) par des capacités locales ‘bottom up’ (ascendantes).
Collaborateurs à cette étude de cas
VANI est une grande plateforme nationale d’OSC, solidement établie. Membre de Forus, elle compte plus de 10 000 membres OSC. Elle s’engage avec le niveau inférieur des réseaux d’État et, par leur intermédiaire, jusqu’aux OSC locales et inversement. VANI se concentre sur le cadre réglementaire dans lequel les OSC fonctionnent aux côtés du gouvernement, du secteur privé et des chercheurs universitaires. La plateforme vise à travailler à la réalisation d’un développement holistique, à l’intégration des Objectifs de développement durable (ODD) et à la création d’un environnement favorable, grâce à la coopération entre le gouvernement, les OSC et le secteur privé.2
Site web https://www.vaniindia.org/
UDYAMA, (qui signifie ‘marcher d’un pas ferme’), maintient une perspective locale et met l’accent sur la ‘résilience de la communauté’. Malgré sa participation aux réponses, par exemple lors des moussons et des cyclones qui frappent l’Orissa chaque année, l’organisation considère que le développement communautaire à long terme est essentiel pour réduire l’impact des catastrophes. Elle participe à la recherche-action Vues du Front de GNDR. Celle-ci évalue les facteurs qui touchent la vie des gens et leurs besoins et priorités en matière de renforcement de leur résilience.
Selon UDYAMA, leur rôle est axé sur le renforcement de la communauté locale grâce à une communication sur le développement spécifique au niveau local, des exercices de renforcement des capacités et des outils participatifs sur la résilience de la communauté.
Site web https://www.udyama.org/
Regard sur: l’Inde
En cas de catastrophe, VANI reconnaît que les OSC locales et les communautés locales sont les premiers répondants. Ils donnent l’exemple du cyclone de Kerala. Au départ, cet événement n’a pas attiré l’attention internationale, le Kerala étant considéré comme un État relativement développé. Toutefois, en raison de l’ampleur de l’urgence, des ONG nationales et internationales se sont ensuite impliquées. Le rôle de VANI n’était pas d’apporter un soutien financier, mais d’établir des liens. Dans le cas du cyclone du Kerala, VANI a mis en relation les OSC avec les ONG nationales et internationales, ainsi qu’avec les entreprises et les donateurs. Ces derniers considèrent VANI comme un lien crédible et fiable avec des OSC partenaires sûrs. Dans le contexte indien, cette mise en lien sur les aspects ‘matchmaking’ financiers est de plus en plus importante car VANI constate que moins d’ONGI sont actives.
VANI joue également un rôle important de communication entre leurs membres et le gouvernement, car les processus de planification du gouvernement sont souvent déficients. Les OSC en première ligne sont sous pression et ont besoin du soutien de VANI pour communiquer des informations et pour mener un plaidoyer, ainsi que pour accéder aux ressources.
UDYAMA souligne la complexité des catastrophes. Par exemple, les cyclones de l’Orissa et les inondations côtières ont entraîné une migration dite de détresse et, par conséquent, une vulnérabilité accrue en raison de la perte de moyens de subsistance, de revenus et de biens. Dans les régions montagneuses, en revanche, le défi contrasté reste la sécheresse.
La compréhension localisée des catastrophes qu’UDYAMA accumule conduit à mettre l’accent sur l’intégration des actions de développement, plutôt que de se concentrer simplement sur la réponse. Cependant, ils constatent que cela n’est pas bien compris au niveau gouvernemental : ‘Le gouvernement est tenu de soutenir le processus de développement général, mais parfois il ne le fait pas. Un soutien efficace commence par une action locale, basée sur des contextes et des besoins spécifiques – catastrophe ou sécheresse ou maladies communautaires. Il est nécessaire de tirer des enseignements des contextes locaux. L’action et la réflexion constituent une base pour le développement des connaissances utilisées pour influencer la politique afin de répondre aux besoins de la communauté.’
UDYAMA reconnaît que l’action locale sur laquelle elle se concentre doit être associée à une influence sur les politiques nationale et internationale. ‘Les réseaux mondiaux et le soutien mondial sont essentiels pour engager la société civile et la communauté dans le renforcement de la résilience.’
En réponse à la crise du coronavirus, VANI a lancé une série d’initiatives médiatiques3 et mis en place des webinaires sur des thèmes tels que l’influence du G20 sur l’atténuation des effets de la pandémie. UDYAMA a soulevé des questions sur l’avenir des communautés à la suite de la crise : ‘Cette crise pandémique COVID-19 nous a livré une énorme opportunité de repenser notre façon de travailler, d’éduquer nos enfants, et même nos coutumes culturelles, et de nous réorienter vers la durabilité sociale, économique et environnementale’.
Résumé
Dans les deux cas, de haut en bas et de bas en haut, l’activité complémentaire de ces deux plateformes met en évidence la nécessité de forger des liens solides entre les connaissances au niveau local et le plaidoyer au niveau national. Ces liens peuvent influencer la politique, en la façonnant pour répondre plus efficacement aux besoins locaux. Ils soulignent également la nécessité d’aller au-delà de la réponse pour renforcer la résilience des moyens de subsistance.
1 NDMP: publié par l’Autorité nationale indienne de gestion des catastrophes:
2 https://www.vaniindia.org/admin-latest/images/STRATEGIC%20PLAN%20OF%20VANI%202019-2022.pdf