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Étude de cas n°1 – Au lendemain de la guerre : Renforcer la société civile face aux catastrophes en Colombie

Photo: Nestor Morales

La société civile en Colombie réagit aux conséquences de la guerre civile, y compris les déplacements internes et la pauvreté et l’insécurité qui en découlent. Les Plateformes Nationales d’OSC (PNO) et leurs membres reconnaissent les défis que représente l’établissement de relations positives avec le gouvernement, en établissant leur ‘offre de valeur’. Elles rassemblent et communiquent les connaissances locales sur les besoins et les priorités, en réponse à des catastrophes à la fois intensives et quotidiennes. Elles reconnaissent les défis à relever pour assurer la reconnaissance et la participation des OSC aux côtés d’autres acteurs.

Contexte

Le peuple colombien a vécu cinquante ans de guerre civile. La paix n’a été généralement rétablie qu’en 2017.1 La Colombie possède une société civile dynamique qui a été étroitement engagée dans les questions de droits de l’homme, de justice et de lutte contre la pauvreté tout au long de cette période.2 On estime qu’il existait un total de 296 467 OSC dans le pays en 2016, ce qui équivaut à une OSC pour 163 habitants.3

Collaborateurs à cette étude de cas

CCONG, la confédération colombienne d’organisations non gouvernementales, est une organisation nationale d’entités à but non lucratif, créée en 1989, comprenant des fédérations régionales et départementales, des associations, des sociétés et des fondations nationales, qui œuvrent pour le bien commun. Elle se concentre sur le développement durable, les droits de l’homme, la gouvernance, la démocratie et la paix. Elle est organisation membre de Forus.

 

Site web: https://ccong.org.co/ccong/

 

Fundación Azimuth (FA) est une organisation non gouvernementale à but non lucratif qui se consacre au développement environnemental, culturel, économique, social et territorial. Elle fournit des services de conseil, de recherche, de participation, de gestion et de planification pour les secteurs public et privé. Elle soutient le développement des communautés et des groupes qui se trouvent dans des conditions difficiles et vulnérables. Elle est organisation membre de GNDR.

 

Site web: https://www.Fundaciónazimuth.org/

Regard sur: la Colombie

Renforcer la reconnaissance de la société civile

Les deux organisations reconnaissent le défi que représente l’établissement d’une reconnaissance auprès du gouvernement et d’autres acteurs. FA trouve cela difficile, même au niveau municipal, et CCONG, de taille plus importante, affirme qu’il a fallu sept ans pour permettre aux membres des OSC d’exprimer clairement leur ‘oferta de valor’ (‘offre de valeur’ ou leur valeur ajoutée en tant qu’organisation). Ils ont trouvé qu’il était important de faire une offre positive, plutôt que de se concentrer sur le financement. Une méthode consiste à élaborer des plans pour renforcer la solidarité des communautés et des recommandations d’action en réponse aux urgences locales et nationales. La crédibilité des propositions et des plans peut être renforcée par la mise en place de comités locaux, pour la réduction des risques de catastrophe (RRC) par exemple. Cela permet de savoir clairement au nom de qui ils s’expriment et quelles sont les structures qui sous-tendent leurs propositions. Ces méthodes renforcent la crédibilité et ‘l’offre de valeur ’. FA estime qu’un aspect important de cette démarche est d’agir de façon visible en réponse aux catastrophes. Cela renforce et donne du poids au plaidoyer.

Les connaissances locales comme fondement de leur légitimité

Les deux organisations estiment que, bien qu’il existe une politique et une législation nationales en matière de RRC, la compréhension des besoins locaux est limitée. Il existe des tables rondes pour la RRC aux niveaux régional et municipal, mais celles-ci n’incluent généralement pas les acteurs locaux et indigènes. Les méthodes de formalisation des connaissances locales peuvent aider à les introduire dans le système de RRC. FA participe à Vues du Front et estiment qu’il s’agit d’un outil précieux. La fondation profite également des réunions avec des groupes de population locale pour ‘sistematizar’ leur travail (recueillir et systématiser les enseignements tirés). Cependant, ces méthodes demandent du temps et de l’énergie et les acteurs locaux, très occupés, ont souvent peu de temps à y consacrer. Ils constatent également que la langue et la terminologie utilisées localement sont différentes de celles utilisées techniquement. Il faut construire des ponts entre ces deux façons de s’exprimer pour améliorer la compréhension. L’un des moyens d’y parvenir est d’organiser des ateliers réunissant plusieurs acteurs, ce qui permet de faire tomber les barrières à la compréhension.

Remettre en question les approches centralisées à la réduction des risques de catastrophe, à la réponse et au rétablissement

Les deux organisations estiment que les gouvernements ont tendance à adopter des méthodes centralisées en réponse aux catastrophes. On a également tendance à se concentrer sur une question dominante, qui est la paix en Colombie. Pour ces raisons, les besoins locaux sont mal compris par le gouvernement et les plateformes. Les plateformes doivent attirer l’attention du gouvernement sur les préoccupations et les besoins locaux. Les membres des OSC locales jouent un rôle important dans la communication des besoins des personnes vulnérables. Ils mettent également en évidence l’éventail des catastrophes auxquelles les gens sont confrontés au niveau local, non seulement les crises majeures comme le coronavirus, mais aussi d’autres catastrophes quotidiennes. Dans le cas du coronavirus, par exemple, de nombreux ménages dirigés par des femmes sont confrontés à des problèmes de sécurité alimentaire, de moyens de subsistance et de santé. Les membres de la plateforme peuvent partager ces connaissances.

Coordonner les compétences spécialisées des différents membres pour assurer une réponse efficace

FA souligne qu’il est nécessaire de ‘parcourir le territoire’. En tant qu’‘étrangers’, même s’il peut y avoir une expertise et des connaissances techniques, les situations locales particulières ne sont pas bien comprises. Il est important de bien comprendre les priorités locales. Les risques auxquels les gens sont confrontés sont souvent complexes. Les catastrophes quotidiennes comportent de nombreuses menaces et risques sociaux, tels que les mines antipersonnelles, le viol et la violence associée au conflit. Par conséquent, la RRC devrait être un thème transversal à tous les autres sujets. En raison de cette complexité, il est important de faire appel aux compétences spécialisées des différentes organisations membres, par exemple en matière de mines terrestres, et de travailler ensemble.

‘Hipervivencia‘ ou ‘rebondir en avant’

FA apprécie de travailler au niveau local, en apprenant des communautés indigènes et d’origine africaine qui, depuis de nombreuses années, recherchent la résilience à leur manière. Plutôt que de parler de ‘supervivencia’ (survie), ils parlent de ‘hipervivencia’ (hyper survie). Il s’agit de préserver les communautés.

Résumé

À l’instar de l’expérience des OSC dans de nombreux pays, les gouvernements ne comprennent souvent pas les OSC et leur ‘offre de valeur’ et peuvent même se méfier d’elles. Les plateformes d’OSC doivent faire comprendre la valeur des OSC aux gouvernements afin qu’elles puissent obtenir un ‘siège à la table’. La légitimité des plateformes et des membres des OSC dépend en grande partie des connaissances qu’ils partagent. Elle est ancrée dans l’expérience, les priorités et les besoins locaux. Les organisations locales sont généralement des militants très occupés. De ce fait, les processus de réflexion et de systématisation des connaissances sont souvent négligés, mais ils restent essentiels pour établir le rôle clé de la société civile. En réponse aux catastrophes quotidiennes, le plaidoyer des plateformes d’OSC doit être clairement fondé sur les connaissances locales et remettre en question les approches gouvernementales centralisées. Le terme ‘hipervivencia’ (hyper survie) souligne que l’objectif de la RRC n’est pas simplement de ‘rebondir’ après une catastrophe, mais plutôt de ‘rebondir en avant’ en transformant les communautés et en renforçant les moyens de subsistance durables.