Soutien pour faire face aux catastrophes

Photo: Suraj Shakya

L’état de préparation aux catastrophes, la réponse aux catastrophes et la réduction des risques de catastrophe peuvent être considérées comme des sujets spécialisés. Cependant, les catastrophes, petites ou grandes, impactent la capacité à poursuivre le développement durable dans de nombreux contextes différents. Il est important de comprendre et d’agir pour réduire cet impact. Cette partie fournit une introduction de base à ce sujet.

Qu’est-ce qu’une catastrophe ?

Lorsqu’on considère une catastrophe, de quelque nature qu’elle soit, il est important de séparer le danger de l’événement catastrophique. Il existe de nombreux dangers, comme l’apparition d’une nouvelle maladie, un glissement de terrain sur une montagne, ou une puissante tempête, mais ceux-là ne constituent pas en soi des catastrophes.

Une catastrophe se produit lorsque des personnes sont exposées à un danger et sont vulnérables à ses effets. Par exemple, si une forte tempête frappe un logement bien construit et capable de résister aux tempêtes, les effets de la tempête seront limités. Cependant, si elle cause d’importants dégâts, voire détruit des structures fragiles et précaires, laissant des personnes sans logement et entrainent la perte de biens et des moyens de subsistance, alors il s’agit d’une catastrophe.

Les non-spécialistes pensent souvent que les événements de grande ampleur, tels que les tremblements de terre et les cyclones, sont typiques des catastrophes. Ces événements ont un impact important et sont connus sous le nom de catastrophes ‘intensives’. Il existe beaucoup plus de catastrophes ‘quotidiennes’ de petite envergure, par exemple les inondations saisonnières dans les rues d’un bidonville, ou un incendie qui détruit plusieurs maisons. Comme celles-ci sont moins visibles, elles sont moins répertoriées ou signalées. Afin de comprendre la nature des catastrophes, nous nous pencherons d’abord sur une catastrophe intensive qui a touché la plupart d’entre nous – la pandémie de coronavirus de 2020.

Le virus lui-même consiste en un danger. Cependant, la présence du virus dans une zone à forte densité de population, associée à peu de compréhension initiale de ses effets, a créé une forte exposition d’une population vulnérable, ce qui a entraîné le déclenchement d’une catastrophe. Ce phénomène s’est intensifié par l’ampleur des voyages internationaux qui a fortement augmenté l’exposition et la vulnérabilité des populations mondiales. Tout cela peut être résumé selon une formule qui met en relation le risque d’une catastrophe avec le danger lui-même, le degré d’exposition au danger et la vulnérabilité des populations exposées.

Risque = Danger x Exposition x Vulnérabilité 1

Aucune catastrophe n’est ‘naturelle’. La vulnérabilité et l’exposition sont déterminées par la société. Cette idée est illustrée dans un modèle largement utilisé qui examine de plus près les facteurs qui créent la vulnérabilité à un danger 2 :

Les couches de vulnérabilité conduisant à une catastrophe, exemple de contextes urbains

Progression de la vulnérabilité >
Causes profondes >Pressions dynamiques >Conditions dangereuses >CATASTROPHE
Incapacité à influencer les systèmes politiques et économiques qui créent une situation d’exposition croissante.Croissance des villes et immigration vers elles. Développement des zones informelles (baraques et bidonvilles). Emploi précaire et faiblement rémunéré. Infrastructures médiocres, l’évacuation des eaux par exemple. Faible gouvernance locale et gestion des catastrophes.Logement dangereux. Absence de systèmes d’intervention d’urgence. Mauvaise hygiène. Evacuation des eaux inadéquate ou bloquée. Accès difficile. Criminalité.Inondations, incendies, dégâts et pertes de logements et de locaux commerciaux, blessures et décès, maladies, perte de moyens de subsistance. Cyclones, fortes pluies saisonnières, événements sismiques, incendies, maladies.

Le tableau ci-dessus montre que la vulnérabilité résulte non seulement des conditions dangereuses auxquelles les gens sont confrontés, mais aussi de pressions dynamiques, telles qu’une urbanisation accrue sans planification efficace et sans mesures de préparation aux catastrophes. Les causes profondes, les systèmes qui déterminent les structures sociales et économiques, sont autant de facteurs sous-jacents touchant tous ces éléments.

Selon ce modèle, une catastrophe résulte de la vulnérabilité à un danger, et il est nécessaire de s’attaquer aux pressions dynamiques et aux causes profondes qui conduisent à des conditions dangereuses entraînant une vulnérabilité.

Le cycle de gestion des risques de catastrophes

Lorsqu’une catastrophe frappe, la séquence des événements forme un cycle.

La première étape est la réponse. Elle est souvent urgente et à grande échelle. Les activités de sauvetage, l’aide médicale, la satisfaction des besoins de base, comme la nourriture, sont vitales à ce stade.

L’impact de la catastrophe – sur les vies, les moyens de subsistance, la perte des biens, la perturbation des économies et des infrastructures locales – est pris en compte dans la phase de rétablissement, par le biais de la reconstruction sociale et économique. Cette phase peut être:

  • Réactive, tentant de revenir à l’état antérieur à la catastrophe (‘rebondir’).
  • Adaptative, apporter des changements pour réduire le risque de catastrophes répétées ou pour mieux y faire face.
  • Transformative, s’attaquant aux pressions dynamiques ou aux causes profondes (‘rebondir en avant’ ou ‘reconstruire en mieux’).

Ces étapes forment un cycle dans lequel la ‘réduction des risques de catastrophe’ consiste à tirer les enseignements de la catastrophe et à s’attaquer aux facteurs qui ont créé la vulnérabilité au danger 1.

Dans le cas de la pandémie de coronavirus, par exemple, les pratiques conduisant à une transmission potentielle de maladies de l’animal à l’homme doivent être abordées. Il faut s’attaquer aux facteurs sociaux, tels que le surpeuplement et les déplacements,qui conduisent à la transmission. Le degré de l’état de préparation à une réponse rapide doit être examiné, et ainsi de suite.

Catastrpohes et développement

L’expérience croissante des trois dernières décennies a révélé que les catastrophes et le développement sont étroitement liés. Ignorer l’impact des catastrophes rend plus difficile la poursuite du développement durable. Cela a conduit au concept de ‘développement fondé sur la connaissance des risques’ qui souligne la nécessité de prendre en compte les risques que le développement pourrait créer. Par exemple, permettre un développement industriel à grande échelle sur des terrains bas pourrait réduire la capacité de la zone à absorber de fortes précipitations sans inondations.

Il a également été constaté qu’une grande partie de l’impact négatif sur les moyens de subsistance durables ne provient pas de grandes catastrophes ‘intensives’, mais de nombreuses catastrophes plus petites, ‘quotidiennes’. Les catastrophes de petite échelle et de moindre ampleur ont plus d’impact sur le développement en général que les événements de plus grande envergure, mais elles sont souvent ‘invisibles’.

Les catastrophes invisibles

90 % des catastrophes considérées comme prioritaires par les personnes interrogées dans l’étude ‘Front’ de GNDR sont des catastrophes ‘quotidiennes’. UNDRR a constaté que 99% des données concernant les catastrophes sont attribuées à de tels risques, qui représentent 13% de la mortalité totale et 42% des pertes économiques.3

Les catastrophes quotidiennes sont très diverses. Dans de nombreuses villes, les inondations saisonnières régulières touchent les plus pauvres qui vivent dans les bas-fonds. Dans les zones de conflit, les gens migrent vers des zones urbaines à haut risque. Dans les zones rurales, le changement climatique entraîne une augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les fortes pluies et les sécheresses, qui entraînent des coulées de boue ou une aggravation de la sécheresse et de la famine. La réduction des risques de catastrophe, la réponse aux catastrophes et le rétablissement après une catastrophe permettent au développement d’être durable face à ces nombreux défis.

Les Plateformes Nationales d’Organisations de la Société Civile et les catastrophes

Les Plateformes Nationales d’OSC (PNO) et leurs membres jouent un rôle important dans la réponse aux catastrophes, ainsi que dans le plaidoyer en faveur d’un changement des politiques sous-jacentes. Elles comprennent souvent mieux les besoins des populations locales que les cadres du gouvernement et ont gagné leur confiance grâce à leur travail. Elles apportent une aide à la gestion des ressources et à mobiliser leurs membres pour prendre des mesures et apporter le soutien nécessaire sur le terrain.

Il faut rendre visibles les catastrophes localisées, de petite échelle et à évolution lente. Les PNO et leurs membres, connectées jusqu’au niveau local, sont essentielles à cet égard. Plutôt que d’attendre que la catastrophe se produise et de réagir ensuite, ils peuvent s’engager dans la réduction des risques de catastrophe. Il s’agit de comprendre les dangers auxquels les gens sont vulnérables, d’identifier les moyens de les réduire et de communiquer ces connaissances en faveur de l’action locale et du soutien par les gouvernements.

Au niveau local, le point de départ est souvent la ‘Réduction des risques de catastrophe communautaire’.4 Cela s’appuie sur la collecte de connaissances locales en dressant des cartes montrant les menaces auxquelles les gens sont confrontés. Parmi les outils utilisés à cet effet figurent le guide des évalutations 5 de la vulnérabilité et des capacités, ainsi que les enquêtes participatives de Vues du Front 6 . Les PNO jouent un rôle important en soutenant la collecte et le partage des connaissances des risques au niveau local. Elles peuvent également coordonner et créer des liens entre les domaines d’expertise des différentes OSC afin de traiter les risques de manière plus efficace.

Action intégrée

Cette Boîte à outils est basée sur l’expérience de nombreuses OSC, plateformes et réseaux. Elle souligne la nécessité de faire face aux catastrophes quotidiennes et intensives par la réduction des risques de catastrophe et la réponse aux catastrophes. It makes it clear that action to deal with disasters must be integrated with overall work to pursue sustainable development.

Soutien pour faire face aux catastrophes : Actions

  • Recueillir des données sur le large éventail de catastrophes qui ont un impact sur la vie et les moyens de subsistance des populations, car de nombreuses catastrophes, parfois à petite échelle et ‘invisibles’, ont un impact différent sur la vie des populations.
  • Intégrer les actions de réduction des risques de catastrophe, en s’attaquant aux catastrophes dont les gens sont victimes, aux démarches en vue d’un développement durable et de l’adaptation au changement climatique, car les catastrophes – grandes et petites – peuvent effacer les acquis de ces activités en termes de développement.
  • Envisager des méthodes de collecte de données, allant de l’évaluation de la vulnérabilité et des capacités locales à des enquêtes plus étendues (comme la méthodologie développée pour le programme ‘Vues du Front’ de GNDR).
  • Consider ways of supporting member organisations in mobilising communities to strengthen their resilience to disasters, large and small, for example by sharing experience, learning, and resources between CSOs on developing community based disaster risk management (and see resources at www.cbdrm.org).
  • Mener un plaidoyer auprès des gouvernements en utilisant les données pour davantage de gestion intégrée des catastrophes, qui soit proactive dans la réduction des risques, plutôt que de se contenter de répondre aux urgences.

Voir l’Etude de cas 2 et l’Etude de cas 5 pour des exemples de soutien pour faire face aux catastrophes.


1 Voir l’explication de l’UNDRR sur le risque de catastrophe https://www.preventionweb.net/risk/disaster-risk.

2 Wisner, B., Blaikie, P., Cannon, T., and Davis, I. (2004) At Risk: Natural Hazards, People’s Vulnerability and Disasters. Routledge.

3 Il s’agit d’un cadre très simplifié qui reflète les éléments clés de cycles de Gestion des risques de catastrophes plus sophistiqués. Les exemples et les études de cas présentés dans cette Boîte à outils montrent que les causes et les conséquences sont souvent multiples, en particulier en ce qui concerne les catastrophes quotidiennes et les catastrophes prolongées, comme les conflits. Voir par exemple lecadre de la Croix-Rouge suisse et le cadre ELRHA .

4 Everyday Disasters and Everyday Heroes p.4

5 Voir les ressources de GNDR

6 Voir, par exemple, ‘Participatory Capacity and Vulnerabiity Analysis’ d’Oxfam

7 https://www.gndr.org/programmes/views-from-the-frontline/vfl-2019.html